Il se coupe en deux

vendredi, septembre 15, 2017



"L'art ne commence pas où finit la rationalité ; il la prolonge dans l'indicible, afin de nous entraîner là où règne l'émotion."


J’ai du mal à écrire en ce moment. La rentrée meurtrière mais passionnante me pousse vers des objectifs, des buts, des motivations dont je ne me sentais pas même capable. Adieu roman (en réalité je compte toujours en lire mais très rarement cette année) bonjour essais et théorie (un genre que je me prends à aimer merveilleusement, ce sont des livres fascinants, plein de savoirs et de connaissances, ils te servent de cours avec le plaisir de chercher, de comprendre, quête aux trésors où le lecteur ne doit plus être passif mais actif, à gribouiller des notes, des pensées, mettre en forme, graver à sa vue les axes, les symétries démontrées). J’ai délaissé pendant deux jours l’écriture, moi qui laissait cette passion en plan pendant des mois, à l’époque où je ne possédais pas de confiance en moi.
L’écriture était dangereuse.
A présent, à vingt-quatre, il est utile de le souligner, j’ai adopté mon clavier, mes carnets, je caresse les mots, je ne les effleure plus, je me les approprie pour les dessiner sur des feuilles vierges. A présent, j’essaie d’écrire le maximum possible, enfin, cinq cents mots par jours, justement pour ne pas perdre cette habitude, cette manière que j’ai fabriqué depuis l’âge de mes douze ans. C’est un entraînement, un enchaînement, une gymnastique mentale, un amusement, et je ne cesse de lier arts visuels avec littérature, les deux s’appartiennent, se conjuguent. Quand l’un s’élance dans l’expression lyrique de ses sentiments, par les phrases, les envolées fiévreuses, l’autre ne se calme pas, il éblouit par ses couleurs et ses techniques graphiques. J’aime utiliser l’aquarelle et l’encre, deux médiums distincts mais étroitement similaires, un univers de couleurs sibyllines, de nuances aqueuses, aériennes épousant mes pensées, mon univers.
Pour l’écriture, deux se chevauchent ; mon blog auquel j’essaie d’imposer un style épuré, pur, clair et simple enfin les romans entamés. Au mois de mars dernier j’ai écrit plus de huit pages sur une histoire dystopique que je reprendrais au cours de ma vie. J’ai tâtonné, à la recherche de l’histoire qui deviendrait la première, celle annonçant le début du rêve, celui d’écrire, de mettre en lumière les émotions, les sentiments, mon regard sur le monde, octroyer de la vie à des personnages de papier, partager, former un tout.
Donner un sens.
Cette année, je me transforme. En sportive athlétique intellectuelle, j’ingurgite. Des cours, des périodes, j’apprends à avoir une vision globale de l’histoire de l’art, me concentre sur l’art contemporain (tellement de liberté mais beaucoup d’incompréhension), je fais des fiches, j’ai développé ma technique, ma méthode d’apprentissage, vingt minutes plus cinq minutes de pause, ça pendant trois heures le matin, trois heures l’après-midi. Je vous confie ce texte pour dire qu’en réalité, tout est lié, l’humeur, les réflexions ; la vie est une vaste machine à produire, à combattre, essayer de se gouverner, de changer, de comprendre.
J’écris pour exercer mon droit à la catharsis, le fait de jeter sur le blanc immaculé les angoisses, les peurs, les tourments, les doutes. Parce que j’ai peur de perdre ce que j’ai entrepris de gagner pendant des années à savoir cette rigueur dans l’écriture. J’ai peur d’abandonner mon premier roman car j’ai l’impression que ma tête explose par tous les cours à apprendre. Je foule de mes deux pieds la dernière ligne droite, celle où j’obtiendrais un métier et serais libre de faire ce que je souhaite par la suite. Quelle joie, quelle délivrance, quelle fierté, moi qui me voyait chômeuse ou bonne à rien.
Je ne suis pas fille à me laisser submerger par les épreuves, seulement par mon stress atteignant, je suis aussi fille qui délivre les mots dans un partage distant. Dessiner c’est aussi parler, d’une autre manière, plus subtile, plus silencieuse, plus contemplative. Il est vrai que je n’ai pas beaucoup esquisser dans ma vie, quoi que je remplie des carnets, que ma main semble plus à l’aise, obéissant à son instinct, au cerveau dictant les images mentales. L’écriture se revêt d’une forme différente, je me parle à moi-même puis aux autres. Je m’analyse, je m’auto-critique, je critique les livres que je lis, j’écris des histoires.
Mais cette année le concours passe avant tout, alors je remercie mon blog d’être là, présent, car, avec lui, je peux tester différente manière de peindre, de placer de la couleur, de composer de la musique poétique, de discuter, de gueuler aussi sur des livres que je n’ai pas aimés.
Je n’ai suivi aucun plan défini, comme les surréalistes, je laisse mon inconscient s’exclamer, voilà ce que ça donne, je le découvre avec vous.
J’ai établi une nouvelle ligne directrice pour envolé, je ne peux encore changer d’adresse, je devrais puisqu’il prendra le sentier de nouveaux articles sur les arts, sur tous ces sujets flous qui me fascine, je les ai longuement rejeté comme l’abstraction ou les ready made, il me tient à cœur de vous en parler, de vous convaincre que, dans un musée contemporain, les œuvres que l’on voit sont l’image de notre société, de notre histoire, de notre patrimoine, de notre intériorité, de notre humanité.
Certains de mes profs m’ont dit de montrer ce que je faisais. Je suis très réservée, la peur d’être jugée dans le ventre gronde un peu, me bouscule, alors j’enferme dans des boites, dans des tiroirs les quelques croutes, paraphes, égarement de mon imagination. J’ai des obsessions s’écroulant, chutant sur la virginité d’une feuille de grain, d’un coup de pinceau. Je fais, j’entre dans l’action et tout se chamboule, tsunami, avalanche de sentiments, d’émotions contradictoires.
J’avais ouvert un blog sur le cinéma et autre joyeuseté, un bric-à-brac chaotique, maintenant il sera de l’effigie de ma seconde passion, de ma seconde maison, celui de l’art.
Des artistes me touchant, une catégorie galerie pour oser me dévoiler, des analyses, des mouvements, de l’histoire de l’art. Ecrire m’aide à toucher du doigt l’intangible de l’existence.
Et le cinéma (je m’essaie vraiment de regarder des films, je ferai une sorte de rendez-vous les sélections pour tout ce qui concerne le septième art).  
J’ai le désir de transformer ce deuxième blog en carnet de voyage, de quoi vous transporter non plus par les mots mais par les images, augmenter l’empathie et faire de notre société un monde meilleur. Les émotions et les sensations nous forgent à être humain, à atteindre le meilleur. Que serions-nous sans les livres et l’art en générale ? Beaucoup suppose que l’art n’est rien, ne sert à rien, néant tourbillon se rejetant contre les parois de l’impérialisme de la logique, des maths et des sciences.
Par ce deuxième blog j’aimerai dire que l’art est partout autour de nous, il est le contraire de la mort et amène à des débats, des questionnements riches et passionnants.
Cet article se voulait un exutoire contre mes peurs débarrassées, il se métamorphose en annonce.


Il sera un espace pour discuter et parler également. 

Georg Baselitz, The talk.

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