Le Gang des rêves

mercredi, septembre 27, 2017


Il fut ma lecture de deux semaines, long pavé, page-turner aux personnages éblouissants, aux parcours divers, sombres, l’espérance bat les pavés de New-York, elle foule de ses ailes l’écriture simple, humble, un peu trop conventionnelle du Gang des rêves. Le titre est déjà une invitation au voyage, un accès à l’imaginaire, un chemin à croire, à pousser plus loin pour s’atteindre et joindre le bonheur. Le rêve américain se dilue dans les larmes, la misère, la fervente résilience de la mère puis du fils et des personnages qu’ils rencontreront, du bandit amoureux, de la jeune fille brisée, riche mais anéantie, du psychopathe sadique aux autres ayant une part dans la construction de Christmas. L’auteur peint une fresque d’action, d’intrigues entrecroisées, d’émotions et d’ouverture sur une époque que j’apprends à connaître depuis Les raisins de la colère. Malgré quelques petits défauts et reproches j’ai passé de très bons jours en compagnie de cette farandole de protagonistes.


"Tout à coup il était devenu un homme. Les choses ne se passaient pas comme il l'avait imaginé. Ce qui l'avait arraché à l'adolescence, c'était l'amour. Or, l'amour, ça enflammait, ça CONSUMAIT, ça faisait devenir mais laid aussi. L'amour changeait les gens, ce n'était pas une fable. La vie n'était pas une fable.."


Il y a Cetta, cette genèse donnant naissance à un petit gars, produit d’un viol, terrible acte de reproduction forcée, elle prend ce fruit du désespoir comme une salvation, curieuse émotion alors que la logique voudrait que cette femme rejette de ses forces le souvenir de ce crime. Elle s’en va, accompagnée de son nourrisson, deux semaines sur un navire où, pour payer sa place, découvre déjà son futur métier. New-York l’accueille, encore chaude de la nouveauté, d’un rêve que tous, en tête, possède, celui de l’Amérique, de la réussite. Elle rencontrera un homme à l’histoire douloureuse. Mais Cetta est vite oubliée, ne sert plus à rien quand arrive le garçon, grandit, jeune mais possédé par la flamme de la passion. Natale, Christmas au prénom de nègre. De là, des portes s’ouvrant jusqu’à l’intrigue, jusqu’à l’amour, jusqu’aux sensations, aux sentiments, aux passions humaines simplement décrites. Un schéma s’esquisse, les scènes principales où l’explication des émotions sont incrustées pour permettre au lecteur de ressentir, de comprendre que la violence fait partie inhérente de l’individu. D’effroyables histoires se côtoient, des traumatismes, des blocages, des peurs, alors c’est un imbroglio de passages, d’étapes que Christmas et Ruth devront surmonter pour enfin se rejoindre. Roman initiatique peut-être, fresque s’étendant sur des dizaines d’années sûrement.

L’auteur écrit une danse, il ébauche des mouvements, des gestes, il offre de la vie, du dynamisme. On ne s’ennuie pas ; chaque page est un plaisir pour l’imagination ; aux images photographiques s’accouplent la psychologie épurée, accessible. Je suis une lectrice difficile mais, les clichés appropriés ne sonnent pas faux, au contraire, il réussit à les rendre justes, à transmettre la base de notre dualité, de notre inconscient et de nos batailles psychiques. Il sait où il va, le plan a dû être établi avec de larges détails, il fait tout de même mille pages et, pour ne pas se perdre en route, il vaut mieux préparer le champ de guerre. Il suit un schéma bien précis que l’on retrouve à chaque chapitre, alors qu’un livre gagnerait en spontanéité, en authenticité, là, les rouages se remarquent.  Malheureusement, de ces décors hollywoodiens, de ces stéréotypes repris, j’ai trouvé que ça manquait de personnalité, oui des livres comme celui-là, on en trouve plein, la main passe sur les étagères et obtient une folle histoire romantique. S’oubliant vite. Je ne supporte pas l’effet de mode dans le domaine littéraire bien que, comme tout le monde, je succombe par curiosité. Le livre ne m’a pas atteint, étant plus axée et passionnée par les longues phrases aux chants lyriques, Le gang des rêves ne pousse pas profondément l’empathie, il erre sur un sentier de généralité convenues, aptes à plaire à quiconque.

Si je n’ai pas été impliquée ce fut aussi par une certaine distance que j’ai ressentie, non pas comme avec L’exorciste qui, là, apparait tel un choix artistique ; la distance s’opère par les intrigues trop grandes. J’y songe encore à ce grand questionnement car des chroniques, des analyses sur ce livre ne manquent pas, le gros déferlement d’amour de cette année. Je me sens vaguement petite, isolée, mes gouts ne coïncident pas avec l’avis général encore une fois. J’assume de plein pied ; j’aime réclamer à un roman le rêve, le voyage, l’onirisme, la réflexion, être active et non pas passive, un roman permet la discussion entre notre conscient et notre inconscient or, il ne laisse rien au hasard, l’auteur contrôle tout. Ses personnages et le lecteur. La liberté s’évanouit au profit d’intrigues, de dialogues, d’un dynamisme structuré, nous sommes obligés de suivre les lignes directrices sans pouvoir penser, sans pouvoir se révolter, exclamer notre désaccord. Même le psychopathe revêt des élans de contrôle, il n’y a aucune surprise.


"Le sens : voilà ce qu'il avait cherché. donner un sens à la vie, la rendre moins arbitraire. c'était ça, la perfection, non pas le succès, la réussite, le couronnement d'un rêve ou d'une ambition : c'était le sens. Ainsi dans son histoire, même les méchants trouvaient un sens à leur vie, en tout cas il lui en donnerait un. et chaque vie étaient reliée à celles des autres, comme des fils qui se croisaient et se recroisaient et finissaient par dessiner une toile d'araignée - un dessin bien réel, sans rien d'abstrait. Et il n'y avait ni pathos ni ironie, que du sentiment."


L’artificialité se révèle au fil des pages et devient un élément très dérangeant. Jusqu’à la dernière page fermée, le gout acre sur la langue, des relents d’amertume. Un sentiment de tromperie, me suis-je laissée bernée ? Sous l’apparence d’une histoire à la palette millionnaire d’émotions, sous le couvert d’une humanité, d’une fresque de cape et d’épée, de rêves collectifs enfantins les gangsters, les bandits, il n’oublie pas de placer les vagues de la misère dans cette période riche, flamboyante, révolutionnaire, tout ça pris dans l’élan d’une pauvreté de style, il ne se révolte pas, l’auteur est Dieu, il le montre si bien. De ce point, le plus terrible, il m’est gère avantageux d’avancer que le superficiel mange les étincelles de spiritualité pouvant être contenu dans cet ouvrage. D’incitation à réfléchir, à penser, à participer, il n’y a point.

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3 commentaires

  1. Ta chronique remet un peu les points sur les i, je lisais trop d'articles dithyrambiques sur ce roman, ça sentait l'overdose... (ce qui ne m'a pas empêché de l'offrir à quelqu'un)

    Et tu vois, je ne frôlerai pas l'overdose grâce à toi, car ta chronique en contre-balance beaucoup d'autres. Peut-être même que je la relirai !

    (sinon, tes articles sont toujours aussi magnifiques :o)

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  2. La claque... ça ne m'étonne pas ! Tellement de tapage autour de ce livre, trop vu, revu, une invasion ! Et pourtant j'ai envie de le lire, pour voir, car il doit bien y avoir quelque chose, et malgré ta déception je sens qu'il s'est quand même passé un truc ! Merci pour cet avis franc qui fait du bien au milieu de trop nombreuses éloges !

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  3. Je n'étais pas très attirée par ce roman... Tu ne m'incites guère à changer d'avis :D

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